Toi, tu ne vaux rien pour le capital ! (symptômes du XXIe siècle) 1

Un jeun homme, X, 17 ans, face á son échec scolaire, a décidé de ne plus aller au lycée, de prendre quelques mois pour réfléchir et retrouver confiance en lui. Il se fait embaucher dans une entreprise. Ses qualités le font apprécier de ses chefs et de ses collègues. Au bout de quelques mois, le directeur des ressources humaines le fait appeler et, sur un ton trés désagréable, lui dit que l’on est très mécontent de son travail et même qu’il est un véritable inutile, raison pour laquelle on a décidé de le licencier et tout en lui disant cela, très en colère, il lui “balance” son solde de tout compte pour qu’il le signe. X, angoissé signe. Quelques heures plus tard, en parlant à sa famille, il comprendra que le chef a employé une technique agressive, produit de ce que nous pourrions appeler “le savoir du capitaliste” – dans le sens de ce que Lacan nomme le discours capitaliste – afin d’obtenir l’accord de l’employé pour son licenciement. Ce discours du capitaliste, Lacan l’écrit:
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Le mot “inutile” restera longtemps présent à son esprit. L’état d’insécurité qu’il va devoir affronter á ll’avenir importe peu pour l’entreprise. Ce qui compte vraiment pour elle, c’est d’avoir pu épargner quelques milliers d’euros 2. Et ceci, parce que X ne vaut rien pour le capital.
Un autre jeun homme, Y, a obtenu le travail de ses rêves: consultant dans l’une des grandes entreprises d’Espagne, il s’y engage avec toute son énergie, son enthousiasme et son portefeuille de clients. Il dira que le grand chef charismatique est comme un père pour lui. Seulement une angine de poitrine, et le commencement d’une analyse, ainsi que la perte de son portefeuille de clients subtilisé par ce chef qui était comme un père pour lui, le font changer d’avis et se rendre compte qu’avant de le licencier pour son manque de productivité il l’avait obligé de travailler vingt heures par jour. S’il avait été conduit à consommer pour cela certaines substances et sacrifier sa santé c’était son problème, parce que c’est un fait, Y ne vaut rien non plus pour le capital.
X et Y viennent avec des symptômes qui vont bien au-delà de ceux que produit un narcissisme blessé. Tous deux ont raconté avoir été au bord du passage à l’acte et proches de la dépersonnalisation.
Nous disons qu’aujourd’hui les jeunes veulent tout (sans limites à la jouissance), ils le veulent immédiatement (sans retard ni détour possibles, la notion de temps a changé: il n’y a plus de temps pour le sujet), ils le veulent sans rien donner en retour (sans avoir à perdre pour gagner, sans entrer dans aucune négociation, ce qui serait le fruit de l’oedipe), et ils le veulent sans avoir à faire aucun effort (parce que ce tout, ils le méritent). Mais on peut dire la même chose de leurs parents.
Que disait Lacan du discours capitaliste ? Qu’il n’est ni faible ni stupide, mais follement rusé. Il disait aussi qu’il était insoutenable et destiné à crever. Pour le moment, ce sont X et Y qui crèvent, et non pas le discours capitaliste qui continue à produire ses effets.
Ainsi, dans le reportage du Journal El País, 31 octobre 2009: Le cinéma d’horreur sadique est-il malsain? on lit:

“Dans une des scènes de Saw VI une femme doit se mutiler pour assurer sa survie. Quel est l’effet sur le spectateur d’une scène aussi pénible ? Une professeure de philosophie dit : “La cruauté a toujours été présente au cinéma, parce que, comme
la tendresse, elle fait partie de notre psychisme. […] Cesfilms ont plus de succès chez les jeunes, car au fond ce sont de terribles niaiseries […] quand ils voient quelque chose qui s’éloigne du commercial, ils ne savent pas où soutenir l’émotion
des images. Ils se perdent”.

La professeure de philosophie ne se rend pas compte que, d’un côté elle dit que ces images sont des niaiseries et de l’autre que les jeunes ne trouvent pas où soutenir l’émotion des images. Mais, n’est-ce pas dans la pensée que nous avons à soutenir les émotions? Est-ce que l’équilibre psychique ne se soutient pas dans le fait de passer et de repasser par les circuits signifiants, ce que Freud appelait le processus secondaire ? Si elle dit que ce sont des niaiseries, elle dévalue le jugement des gamins sur la cruauté qu’ils perçoivent, qui a à voir avec le jugement d’attribution. S’ils ne peuvent plus se fier à cequ’ils pensent à partir de ce qu’ils perçoivent, comment ne se perdront-ils pas?
Le fait de ne pouvoir trouver d’appui sur une parole vraie est un effet du discours capitaliste, qui ne s’intéresse qu’à la parole ou au savoir qui permettent de continuer d’accumuler de l’argent.
Alors comment nous étonner de ce que ce XXIe siècle soit marqué par une prédominance de l’image perçue sur l’image pensée, et par une prééminence de l’action sur le mot? Nous pouvons penser que la mutilation de plusieurs livres de chair successives est une métaphore de la castration dont les adolescents ont besoin pour inscrire la violence qui accompagne ce pas si difficile à franchir qu’est l’adolescence; ou bien nous pouvons nous demander où est la ligne de démarcation entre métaphore et métonymie pour cette castration impossible à finir de refouler. Nous avouons ne pas savoir parfois où trancher (en parlant de mutilations…) par rapport à ce qu’il vaudrait mieux censurer. N’importe quel passage à la fiction peut-il être salutaire ? Quand on cherche dans Google quelque chose sur le happy slapping (filmer des scènes de violence réelle avec son portable et les mettre sur Internet), on peut trouver rassurant qu’il y ait seulement trois photos fixes. Google a décidé de ne pas alimenter cette jouissance. Françoise Dolto se demandait si l’enfant a le droit de tout savoir. Aujourd’hui nous pouvons nous demander si l’enfant a le droit de tout voir. En tout cas, en tant qu’analyste ce n’est pas notre affaire de mettre des frontières sauf dans nos consultations; Mais il nous revient de prendre en charge quelques effets du discours capitaliste.
Revenant à l’obscénité de ce qui s’offre au regard, parlons du happy slapping. Là aucune métaphore, mais une violence réelle, une violence sans conflit de générations, sans argument, une pure décharge de pulsion scopique et de violence pour se faire plaisir. Il y a quelques années, j’ai présenté à Alicante 3 un travail sur la violence chez les enfants et les adolescents en m’appuyant sur les thèories de notre collègue J.-P. Lebrun qui proposait la thèse selon laquelle cette violence non structurale serait une conséquence de l’effacement de la différence entre générations. Je continue à penser cela, mais peut-être que maintenant j’ai pu faire un tour de plus, et ma question serait alors: qu’est-ce qui s’efface quand s’estompe la différence entre les générations ? Notre réponse est le réel comme impossible, ou pour dire mieux l’impossible du réel, impossible qui, justement, ne s’inscrit pas dans le discours capitaliste.
Toute l’histoire de l’humanité et de la littérature est pleine d’exemples de cette violence que les enfants destinent à leurs parents, violence structurale, oedipienne, due à un impossible auquel nous nous confrontons en tant qu’êtres humains: savoir que nous ne pourrons jamais être dans la génération de nos parents même si nous leur donnons l’estocade. Les adolescents reconnaissent cet impossible, tout en luttant contre lui pour l’éprouver. Mais, la violence d’aujourd’hui n’a rien d’oedipienne…
Parlons maintenant de quelque chose de fréquent dans nos consultations. Une fille de 12 ans, Z, est atteinte avant l’été de bruxisme et de diverses terreurs, diurnes et nocturnes, contre lesquels elle se voit obligée de procéder à des rituels, ce qui inquiète ses parents. “J’en ai marre que mon frère pénètre dans ma chambre parce que l’ordinateur s’y trouve. Le mois dernier il m’a introduit un virus” (double métaphore qui parle d’un autre type de contamination). “Tous les livres qui ne rentrent pas dans le salon, mon père les introduit dans ma chambre”. Dans ce foyer, heureusement pour Z, cette propension “introduire” peut s’entendre à un niveau métaphorique et l’on peut percevoir dans ces plaintes quelque chose d’habituel dans les foyers espagnols (avec, par exemple, les disputes qui ont à voir avec “qui a la télécommande”, en espagnol : el mando = celui qui commande).
Les parents de Z sont des gens modernes qui n’empêchent pas leur fille de regarder des séries TV dans lesquelles on parle ouvertement de sexe entre adolescents ou entre adultes et adolescents. Dans cette foyer tout semble possible. Il n’y a pas de portes fermées que l’on ne puisse ouvrir sans frapper, ni de tiroirs cachés car: qu’y aurait-il à cacher? “Figure-toi, Maria Cruz – disait le père – je peux te tutoyer, non? Je tutoie tout le monde – dernièrement, notre fille ne veut pas se montrer nue à la plage devant nous. Une petite fille habituée à nous voir nus ma femme et moi depuis toujours, c’est un peu curieux que soudain elle commence à manifester cette pudeur absurde, n’est-ce pas? “Non, je ne crois pas”, ai-je répondu, à son grand étonnement.
Z est une petite fille dégourdie qui à un moment donnée de la cure commence à s’intéresser à la saga “Les sentinelles du crépuscule” (Twilight), d’abord aux livres et finalement au film. Pendant quelques mois, toutes nos jeunes patientes ne parlaient que de cela, donc nous avons décidé d’aller le voir. Dans le film, une fille d’environ 16 ans “décide” d’arrêter de vivre avec sa mère en Arizona, pour que “la pauvre” puisse voyager avec son nouveau mari et elle part vivre avec son père dans un autre état. Le père ne s’est pas remis en couple et c’est là un détail important. Dans son nouveau lycée, elle rencontre un beau jeune homme, un peu trop pâle, qui la regarde avec une passion débordante et qui bientôt, lui avouera qu’il est un vampire, et il se présente avec tous les attributs du Maître: “Je suis le plus grand prédateur qui existe”, dit-il. Et en plus, il la désire… ou il désire son sang – on joue tout le temps sur l’ambiguïté. Il la désire tellement qu’il doit la fuir parfois parce que son désir est trop intense et il craint de ne pas la respecter comme elle le mérite.
Nous pouvons imaginer toutes les équivoques qui se produisent sur ce fond d’hémoglobine ardente pour que le film ait pu être autorisé pour tous publics, y compris à la fin où on ne sait pas trop s’il lui mord le cou pour qu’elle devienne vampire ou s’il l’embrasse de façon canonique. À un moment donné le héros vampire sauvera la jeune fille… d’un autre vampire qui n’est pas végétarien. Et l’on apprend que le jeune protagoniste est un vampire végétarien parce que sa lignée a renoncé depuis des siècles d’aller au bout de la jouissance liée au sang humain: “Nous mangeons des animaux, mais le fait de ne pas manger d’humains, nous laisse insatisfaits”. Ce sont donc des vampires parfaitement névrosés qui sont passés par le refoulement et, par conséquent, ils sont capables de renoncer, non seulement à leur satisfaction immédiate, mais aussi à leurs pulsions assassines. Reconnaissons l’astuce géniale trouvée par les scénaristes pour rester sur le plan de la loi du père.
Mais nous nous sommes dit que, finalement, Les sentinelles du crépuscule n’était qu’un roman à l’eau de rose comme ceux de Rafael Pérez y Pérez (écrivain espagnol du Xxéme siècle) il y a un siècle, quoiqu’un peu dégoûtant, et nous avons dit à Z qu’on ne comprenait pas pourquoi cette saga intéressait autant les filles, en quoi c’était mieux que d’autres romans d’amour. Elle nous a regardé avec le mépris de celui qui contemple un ver de terre et nous dit: “Puisque le garçon est un vampire, c’est une histoire impossible!”.
Nous supposons que les lecteurs, depuis un bon moment, sont en train de voir se dessiner les contours d’une future structure hystérique. D’accord, mais ce n’est pas l’important. Dans les anciens romans, l’amour impossible découlait de la condition aristocratique de l’un des partenaires et de l’appartenance de l’autre au prolétariat. Nous ne croyons pas que la nécessité de ce stratagème: introduire des êtres à moitié morts, tient au déclin de l’aristocratie. Nous avons lu aussi dernièrement que le voilement que l’on fait de la mort en Occident mène les ados à la dévoiler ainsi. Mais nous, nous croyons plutôt que, du fait qu’il soit de plus en plus difficile de concevoir un impossible, les enfants ont besoin d’aller le chercher dans l’au-delà.
En effet, dans une famille, celle de Z comme tant d’autres ou dans un monde dans lequel tout est imaginable, nous avons, certes, à notre disposition tous les objets dédiés à notre plaisir, mais nous devenons nous-mêmes objets de consommation, comme quand Nespresso nous considère comme membres de son club, ce qui plaît aux femmes, alors qu’en fait, rapidement, nous réalisons que George Clooney nous a mordu le cou pour que nous achetions éternellement ces capsules de café. Dans ce monde dans lequel les différences sont effacées entre les sexes et les générations, comment les enfants et les jeunes font-ils pour inscrire les impossibles qui représentent des points de butée à la jouissance, butée qui fait de nous des êtres humains et nous libère de notre condition originaire d’objets phalliques?
Revenons à Z, nous voyons qu’elle a aussi trouvé une issue: puisque le social s’acharne à faire de la vie sexuelle quelque chose de complètement naturel et explicite et à faire disparaître les voiles du mystère, de l’énigme un peu émouvante, de la tendresse qui nous semble la façon la plus positive par laquelle le réel du sexe peut nous être montré. Et puisque ses parents ont décidé de se défendre du sexuel 4 en dévoilant leur sexualité à la lumière du jour, elle inscrira l’impossible un peu au-delà. S’il n’y a pas de barrière entre parents et enfants, elle aura à faire seule l’effort de la construire; mais plus tout à fait seule, puisqu’elle est en analyse. Elle pourra donc passer de symptômes ennuyeux comme le bruxisme et les rituels, à sa passion pour la saga “Les sentinelles du crépuscule” qui nous annonce quelque chose de l’ordre du sinthome ou, au moins, une évolution du symptôme vers quelque chose de plus agréable.
L’entrée dans le langage borne des territoires qui seront à jamais des impossibles pour le sujet humain. Toutefois, nous constatons que le progrès astronomique de la science et la technique dans ces dernières années, contribuent à produire cette forme particulière de croyance que l’impossible peut être surmonté. Moustafa Safouan dit: “Le jugement d’impossibilité implique que la loi d’interdit de l’inceste […] fonctionne dans l’inconscient comme limitation imposée à l’ombilication première […]”. En effet, dans les Études sur l’OEdipe (Le Seuil, 1974), Safouan parle de “jugements d’impossibilité”, dans lesquels “se fait sentir le poids de la castration”. Il donne des exemples tels que: “Il est impossible d’avoir la même date de naissance que son père, […] le passé ne revient pas, […] des propositions universelles qui tracent les chemins vers la réalité. Elles supposent les affirmatives qui les précédent, et leur apparition dans le discours de l’inconscient signifie la rupture avec ces affirmations-là […]”.
Parfois les parents qui, comme nous le rappelle Robert Lévy dans son dernier livre, se doivent d’être les “agents de l’opération métaphorique”, craignent de ne pas être assez progressistes, ou bien par facilité ne renoncent pas à la jouissance, et ils “désorientent l’ordre symbolique”, selon l’expression de J.-J. Rassial, au lieu d’aider leurs enfants à obtenir un refoulement complet, ce qui leur permettrait à entrer dans la période de latence, et plus tard à en sortir, deux frontières difficiles à traverser. Y entrer leur accorderait d’investir le culturel et le lien social, d’aller du côté des Idéaux et de mettre à distance le monde des objets. Les adolescents qui aujourd’hui, par exemple, ne quittent pas leur ordinateur ou autres écrans, font partie de ceux qui ne peuvent pas sortir de la latence.
Nous croyons que ces jugements d’impossibilité dont parle Safouan et ce “désorienter l’ordre symbolique” que commente Rassial 5, ont à voir avec la nécessaire effectuation du refoulement, dont Robert Lévy parle dans son livre 6. Et ces trois idées vont dans le sens du discours de l’analyste, à l’opposé du discours capitaliste, car pour l’analyste, l’objet a occupe la fonction de cause du désir.
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Dans d’autres cas la question est plus délicate, parce que l’on commence à voir quelques adolescents de 14-15 ans, ou même moins, qui disent que leur corps est une erreur et veulent être opérés pour changer de sexe. Ceci angoisse beaucoup nos collègues qui les reçoivent parce qu’ils ne veulent pas être répressifs, mais d’un autre côté ils se demandent si ces filles et garçons-là ne sont pas en train de s’engager dans une psychose, alors il ne faudrait pas les encourager dans leur tentative d’inscrire dans le réel de leur corps ce qui ne parvient pas à s’inscrire symboliquement: la castration. Dans ces cas, nous ne sommes pas devant des parents qui désorientent l’ordre symbolique, mais devant des familles qui l’abolissent directement. Mais attention, il existe un discours prétendument progressiste que la société a adopté très rapidement, et qui traite en termes de droits ce qui est la manifestation d’une grave difficulté Rassial 7, en parlant du déclin des noms du père dit: “Sans doute l’analyste dans la cité a quelque chose à en dire, ne serait-ce qu’en refusant de cautionner les dérives qui accentuent ce déclin”. Et il parle de certaines solutions sociales qui accompagnent ce déclin parmi lesquelles il situe l’autorisation d’une castration réelle pour les transsexuels, la réduction du père à une fonction biologique, etc. Il nous invite alors comme professionnels à ne pas être complaisants avec ces choses-là.
Pour finir, revenons à X et Y, les jeunes hommes du début qui ne valent rien pour le capital. Robert Lévy nous rappelle un passage du petit Hans de Freud et il dit: “Ainsi, l’enfant en tant que métonymie éprouve ce que c’est que de n’être Rien”. Alors, nous avons deux possibilités symptomatiques: la première est la solution de compromis dont parle Freud, conséquence du renoncement forcé à un lieu, celui du phallus, lieu dans lequel nous n’avons jamais été, non parce que l’Autre ne nous désira pas comme phallus, mais parce que le phallus n’existe pas et que, en tant que névrosés, nous sommes devant un impossible à inscrire sauf comme prohibition, et la prohibition de nos jours… est très mal vue.
Ce sont là les symptômes névrotiques courants. Mais, quand la capacité de métaphorisation est atteinte ou quand la métaphore du Nom du Père n’est pas suffisamment constituée, et tout être humain a pu expérimenter cela, enfant ou adolescent, à savoir ce que c’est de “n’être rien pour celui qui est placé dans la position de l’Autre”, alors ce sont des moments où n’importe qui peut se précipiter dans un passage à l’acte.
Peut-être de ce fait, et c’est une hypothèse que nous mettons à l’épreuve ici: même chez les adultes qui ont pu achever un travail de refoulement et construire par conséquent la métaphore paternelle, il peut y avoir des moments dans la vie, en présence de signifiants particuliers à chacun comme “tu es un vrai inutile”, où l’on peut penser que quelque chose se réactualise d’une époque où la métaphore n’était pas encore complètement constituée. Elle était alors comme entre parenthèses. Pourrions-nous appeler traumatiques ces moments vécus par X et Y dans leur travail, moments de rencontre avec des signifiants qui amènent de l’horreur, l’horreur de la métonymie ? C’est l’idée que nous nous faisons pour nous expliquer les passages à l’acte chez certaines personnes. Il y a quelque chose d’une horreur très profonde qui peut resurgir. C’est aussi notre hypothèse à propos de certains maux qui se manifestent en ce XXIe siècle.
Travail apparu à Analyse Freudienne Presse, 2011/1 n° 18, p. 139-149. DOI : 10.3917/afp.018.0139

1 Traduction : Lola Monleón et Serge Granier de Cassagnac.
2 L’objet a prend ici la forme des bénéfices obtenus dans cette opération où un savoir a été utilisé de ceux que l’on nomme maintenant par euphémisme “techniques proactives” ou autres (qui servent uniquement à obtenir ce type de résultats).
3. M.C. Estada, Enfants avec katana, à paraître.
4 Idée pertinente que je dois à Bernard Brémond.
5 J.-J. Rassial, Le sujet en état limite, Paris, Denoél, 1999.
6 R. Lévy, L’infantile en psychanalyse. La construction du symptôme chez l’enfant,
Toulouse, érès 2008 – Ed. Letra Viva, Buenos Aires, 2008.
7. J.-J. Rassial, op. cit., p. 178.

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